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Sarcelles : Damien Blechet né en 1984

Beaucoup de jeunes ne sortaient jamais du quartier, encore aujourd’hui.

L’esprit boxe est le respect de son adversaire. C’est un sport de position.

mardi 29 juin 2010, par Frederic Praud

Enfants, le hall de l’immeuble était pour nous juste une porte, parce qu’on ne restait jamais dedans. Plus tard on y restait pour être au chaud, pour bien discuter, être un peu plus sérieux. C’est devenu petit à petit limite notre chez nous. C’était grand, on pouvait y faire tout ce que l’on voulait. Il y avait toujours quelqu’un du bâtiment que l’on connaissait. C’était notre chez nous.

DAMIEN BLECHET

Je suis né le 15 mai 1984 à Garges, à l’hôpital de Garges. Mes deux parents sont originaires de Sarcelles, du côté de la gare de Garges-Sarcelles devant l’école Pierre et Marie Curie.

Origines familiales

Du côté maternel ma grand-mère vient de Tours et mon grand père des Antilles… et mes deux grands- parents du côté paternel viennent de Paris. Mes parents ont tous les deux quarante ans.

Mes grands-parents paternels sont venus à Sarcelles car ils avaient besoin d’un logement et de travailler. Mon grand père travaillait à la Compagnie des eaux et ma grand-mère dans les écoles. Mon père est le dernier d’une famille de cinq, tous nés à Sarcelles. Ils habitaient à Chantepie et auparavant auprès de la gare RER avant qu’elle ne soit construite.

Ma grand-mère maternelle était toute seule et a quitté Paris parce que c’était trop cher. Elle vivait seule avec ses enfants. Le couple était séparé. Elle vivait dans un bâtiment avec un étage pour les banques, et chaque étage pour une profession différente. Ma mère est née là en 1967, comme mon oncle plus jeune de quatre ans. Ils habitaient à côté de la gare RER, devant une dune. Mon oncle et ma mère jouaient dans la dune.

Mes parents me disaient que leur enfance était bien, qu’ils avaient tout à côté. Ils ne manquaient de rien. Ils me parlent très peu de leur enfance car ils n’ont plus le temps. Ma grand-mère m’en parle en expliquant qu’à l’époque « c’était le paradis » ! Ils avaient toute la modernité alors qu’ils n’avaient pas ça avant. C’était plus confortable. La gare était en construction quand ma grand-mère était arrivée. Elle était alors obligée de faire les trajets en voiture. Mes parents n’habitaient pas dans le même quartier et tout se passait par rapport à l’école, à côté de la gare. Mon père habitait devant l’école et ma mère un bâtiment derrière. Ma grand-mère me disait qu’ils se sont connus à la garderie. On déposait les enfants chez des assistantes maternelles qui les gardaient.

Ma mère a fait un BEP assistante maternelle et mon père un BEP menuiserie. Mon père travaille du côté d’Eaubonne et ma mère sur Sarcelles, pour la DDASS de Sarcelles. Nous sommes cinq, trois enfants et nos parents. Ma sœur est née en 1986 et mon frère en 1992.

Souvenirs d’enfance

Mes plus anciens souvenirs sont liés à l’école avec mes copains. On se voyait le matin, on faisait les fous, on mangeait tous ensemble le midi, on repartait le soir. Nous avions une petite aire de jeu, avec que de l’herbe où l’on jouait des heures et des heures ! Il n’y avait pas encore de jeux installés, rue de la Boulangère et devant la pyramide, le jeu de boule. J’allais à l’école Chantepie 3. Ma grand-mère me voyait de son appartement du côté de l’espace jeux de boules. Nos terrains de jeux étaient beaucoup la pyramide ; de cinq ans à l’adolescence. Nous étions inconscients et passions notre temps à jouer. La bande de copains jouait à n’importe quelle heure. On se voyait tout le temps. Tout le monde allait chez tout le monde.

Le hall notre chez nous

J’ai dû descendre tout seul en bas de l’immeuble sans que l’on me regarde, vers dix, onze ans. Enfants, le hall de l’immeuble était pour nous juste une porte, parce qu’on ne restait jamais dedans. Plus tard on y restait pour être au chaud, pour bien discuter, être un peu plus sérieux. C’est devenu petit à petit limite notre chez nous. C’était grand, on pouvait y faire tout ce que l’on voulait. Il y avait toujours quelqu’un du bâtiment que l’on connaissait. C’était notre chez nous.

Il n’y avait pas de filles avec nous au début, mais elles sont venues vers quatorze, quinze ans. Elles ne venaient pas dans tous les halls mais dans le notre, juste devant le parking ; nous étions quatre garçons avec quatre ou cinq filles… mais c’était le seul du quartier avec des filles. En fait les filles étaient dans ce hall-là et nous sommes arrivés là bas. Nous avons changé de hall pour être là-bas. Ce n’était pas que c’était mal vu dans notre hall, mais il y avait les grands et tout le monde. On pouvait donc aller à côté mais « tu fais attention ! » ; on montrait notre différence. Tous ceux qui étaient dans les halls étaient ceux avec qui on était à l’école et que l’on voit toujours aujourd’hui.

Il y avait des règles dans le hall de notre petit immeuble de quatre étages. :
-  discuter et ne pas embêter les gens, c’était notre règle principale ; parce qu’une grand mère au deuxième étage était venue nous dire une fois, « je veux bien que vous veniez jouer mais ne faites pas de bruit, j’ai mes petits enfants qui dorment et je suis très fatiguée », du coup on ne faisait pas de bruit.
-  Dès que des personnes âgées n’arrivaient pas à porter leurs courses, on venait les aider.
-  éviter de faire des bêtises.

Dans notre hall de garçons, on était cinq ou six, deux au deuxième, un au premier… dont quatre sont partis à côté. On a fait des petites conneries. Un 14 juillet, un grand avait dit « on va faire la fête, on va allumer des pétards ! ». J’ai demandé à un de mes amis, « pourquoi on les mets dehors les pétards ? - oui mais, on va les mettre ou ? ». À l’intérieur du hall, il y avait un bac à fleur que l’on a rempli de pétards. On les a tous allumés, il y en avait partout ! A un moment, on s’est mis à sonner chez les gens, surtout ceux qui venaient nous embêter parce qu’on faisait trop de bruit. Des fois à une heure du matin, on sonnait à la porte et on se sauvait. Quand un chien faisait caca dehors, on ramassait, on le mettait devant les portes et on sonnait.

Les grands frères

Nous ne sommes pas tout de suite descendus vers Rosiers et le centre social. Je devais avoir seize, dix-sept ans. Nous savions qu’il y avait eu beaucoup d’histoires auparavant. Les grands nous parlaient beaucoup des histoires qu’il y avait eu par rapport au centre de quartier, des règlements de compte qu’il y avait eus dans la cité. Les grands en parlaient beaucoup avec nous.

Un grand, pour nous à sept ans, avait entre quinze et dix-huit ans… les grands sont restés les grands pour nous. C’étaient les piliers de la cité, pour ceux qui sont restés dans la cité. C’était un modèle, notre modèle, nos exemples. Les grands qui étaient avec nous, faisaient des conneries, mais ne faisaient pas les grosses conneries devant nous. Quand on était plus grands, ils nous ont entraînés dans leurs bêtises, mais il y en avait toujours un pour dire : « non, il ne faut pas y aller ! Il va se passer ça ou ça ».

L’école à Saint Rosaire

Je suis allé au collège au Saint Rosaire. Nous étions un peu mal vus, parce que je venais du quartier. Tous ceux qui venaient du quartier étaient des voyous, la racaille, ainsi que tous ceux qui venaient des autres cités. Il y avait beaucoup de bourgeois d’Enghien, d’ailleurs, des jolis coins. Dès qu’ils nous voyaient arriver, c’était « la racaille de la société » … même les profs nous le faisaient sentir ! Le Saint Rosaire c’était pour les riches, pas pour les autres. Ils ne parlaient pas comme nous. Quand on était dans l’école, ceux des cités étaient mis ensemble et ceux d’autres milieux étaient dans d’autres classes, dès la sixième.

On sentait plus une guerre de comportements, d’objets. Ceux d’ailleurs avaient tout… au début c’était les billes… Tous ceux de Sarcelles n’avaient pas de billes, ou peut être une ou deux et les autres venaient avec des sacs de billes ! Après il y avait des petits lasers et ceux de Sarcelles ont mis du temps à en avoir ; cela a été un peu plus rapide avec les portables.

Je me suis un peu habitué à eux et j’ai commencé à parler comme eux. Il y a des mots qu’ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. C’était à l’époque verlan. On parlait beaucoup le verlan à l’école primaire, comme le quartier, et pour eux c’était un truc limite interdit. Une maîtresse de Paris nous reprenait tout le temps, dès que l’on disait un mot de travers : « il faut dire comme ça ! » et les autres rigolaient. Les profs nous disaient : « vous ne savez pas parler français, c’est du mauvais français ! » ; nous on continuait même si elle ne voulait pas. A la fin nous avons commencé à parler un peu comme eux. J’ai fait du CE1 jusqu’à la sixième au Saint Rosaire.

Même si j’étais au Saint Rosaire, on me voyait normalement dans le quartier car quelques autres venaient avec moi. Deux sont également venus avec moi à Saint-Denis. Une est restée au Saint Rosaire et les autres répartis sur Sarcelles. Le Saint Rosaire était assez dur, surtout sur l’aspect des règles, mais d’être allé dans ce collège et de voir que les gens sont restés les mêmes, aussi butés, le temps passé là bas est un peu du temps de perdu. Malheureusement, le Saint Rosaire a trop de fois changé de directeur, et les quatre derniers qu’il y a eu, ce n’était pas ça. Mes petits frères et sœurs y sont également allés, mais sont restés moins longtemps que moi. Ma sœur est allée ensuite à Saint Denis et mon frère à Sarcelles à Victor Hugo.

Le collège à Saint-Denis

Je suis ensuite allé sur Saint-Denis. Mon niveau était trop bas pour le Saint Rosaire. Il fallait avoir au minimum quinze de moyenne pour passer en cinquième. J’avais treize et demi, ils n’ont pas voulu me garder. Saint Rosaire travaillait en partenariat avec une école privée sur Saint-Denis à laquelle le collège envoyait tous ceux qui n’arrivaient pas à Sarcelles.

Nous venions tous de villes différentes, de Stains, de Sarcelles, de Saint-Denis. On a appris à se connaître, il n’y avait plus de différences. Tout le monde appartient à la même classe donc on est tous pareils. Je prenais le bus 268 pour Saint-Denis. L’école privée était un choix de mes parents. Ils pensaient que j’allais mieux réussir et que cela allait être différent que le public. Mais ce n’est pas vrai ! La seule différence c’est que c’est plus cher et que cela ne sert à rien. J’ai un copain resté dans le public et il n’y a pas de différence.

L’ambiance à Victor Hugo ressemble à celle de mon collège à Saint-Denis. Ils sont tous soudés et avancent ensemble. Saint-Denis, ce n’était pas très bien les premiers jours car on venait de Sarcelles. C’était un peu la guerre des banlieues au départ. On ne pouvait pas vraiment dire d’où l’on venait comme ça, dans le premier trimestre. Si on disait que l’on venait de Sarcelles, ceux de Saint-Denis nous regardaient d’un air bizarre, « mais tu viens d’où toi ! T’es fou toi ! ». Tout est devenu normal après.

On jouait une ou deux fois par semaine au petit pont massacreur. Le but du jeu est d’éviter que le ballon passe entre les jambes. S’il passe dessous tout le monde saute sur la personne et on tape dessus. Cela se passait souvent avec les nouveaux ; ils ne connaissaient pas le jeu et se prenaient tout.

La drogue

Les propositions pour prendre de la drogue ont commencé au collège, dans les écoles, par un gars de Garges. Les plus grands nous prévenaient : « il ne faut pas faire ça, ce n’est pas bien. Il ne faut pas fumer, c’est dangereux… ». Un grand est venu me voir une fois à l’école en me disant :
« Tu vois ce mec là bas ?
-  oui
-  si jamais il veut te donner quelque chose, tu ne le prends pas
-  pourquoi
-  parce que ce qu’il va te donner, ce n’est pas bon !
-  je ne sais pas moi »
Il l’a dit à plusieurs petits. Mais un n’a pas écouté : « oui, vas y montre montre ! » et il lui a ramené des feuilles de cannabis… Il lui a dit : « voilà, ça, c’est tes feuilles. Ça se fume. Tu verras ce n’est pas dangereux, ça te donne la pèche et tout. Tu fumes et toujours t’auras la pêche ! ». Il ne l’a pas dit au grand. Il a commencé à fumer chez lui, il ne le disait à personne. Un an plus tard, les deux partaient de temps en temps ensemble à Garges pour chercher ce qu’ils avaient besoin. Le soir, on ne le voyait pas. On le revoyait le matin, il était fatigué. Il ne tenait plus debout. Il avait quatorze ans… Cela a commencé au Saint Rosaire.

Les marques

Vers mes quatorze, quinze ans, la mode était au jogging, basket, bonnet, casquette… pas toujours tout de la même marque, du moins pour moi, mais les copains oui. Ils portaient le plus souvent du Lacoste, de la casquette aux chaussures. D’autres amis étaient Reebok, Adidas… Beaucoup achetaient du faux au marché de Sarcelles. Pour savoir si c’était un faux ou un vrai, il fallait bien regarder le dessin, regarder derrière l’étiquette et si la marque n’était pas indiquée, c’était un faux, mais même avec l’étiquette, c’étaient des faux. Ils imitaient tout ! La doublure n’était pas pareille. Personne n’était frustré pour un faux. Cela ne se voyait pas, même de près. Mais acheter de la marque marquait une appartenance au quartier. Les grands du hall étaient tous habillés en Lacoste. Les petits suivaient derrière, tous habillés en Lacoste. « Ha ! C’est bien Lacoste !
-  t’en veux… tu vas là bas … ».
D’autres groupes étaient en Reebok, en Nike.

Les sorties, surtout dans le quartier

Quand j’ai passé mon brevet en troisième à quinze ans (j’ai redoublé une fois), nous avions dit avec mes amis : « si on a le brevet on part tous à Disneyland ! ». Je partais seul pour Paris pour la première fois, mais en groupe.

J’allais plus vers les Flanades qu’au village. J’allais au village uniquement pour chercher le pain. Ce n’était pas notre coin du tout. On ne s’en occupait pas. Il y avait beaucoup de magasins, peu de terrains de jeu. On ne voyait pas les gens. On allait au Flanades, au cinéma, au magasin de vêtements.

Notre rêve vers quatorze ans… avec les copains, on disait toujours : « moi je veux être aventurier … moi je veux être pilote de formule 1, de motos … habiter près de la plage avec une grande maison… ». Quelques un disaient « nous on veut rien faire, on veut juste se reposer ! ».

Beaucoup de jeunes ne sortaient jamais du quartier, encore aujourd’hui. Mon cousin a commencé à voir sa famille aux Antilles à dix-huit ans. On ne bougeait pas aux vacances, on restait chez nous, dans le quartier. Ceux qui avaient de la famille à côté y allaient. Je suis allé une fois à Tours, à la campagne, vers douze ans. C’était chiant. Quand on habite en ville, c’est dur d’aller à la campagne. Il devait y avoir trois ou quatre maisons. On n’avait qu’un vélo pour quatre et un ballon.

L’Eté à Sarcelles

L’été, le matin c’était repos et parties de foot à partir de deux heures ; goûter chez les copains, beaucoup de sorties de vélos, derrière Chantepie là où il y a les garages. On jouait au foot dans les champs de poires, le soir pique-nique sur la terrasse vers chez nous ; on jouait là, on discutait. Plus tard, vers quinze, seize ans, on allait du côté de la piscine. On ne faisait pas beaucoup de choses avec les copains car tout le monde ne gagnait pas pareil. On ne pouvait pas aller au cinéma comme ça. On a commencé à aller sur les boîtes, à la campagne. Un copain est allé sur une boîte à la campagne et on y a tous été.

La campagne c’était à Amiens, c’était la campagne pour nous. Il y a des choses, des magasins, mais il y a un truc qui manque. C’est grand mais c’est la campagne pour nous. C’est différent… on s’amusait là bas vers dix-sept, dix-huit ans.

Première bagarre à Amiens

On y a fait notre première bagarre collective. Notre groupe ne buvait pas d’alcool mais coca, jus de fruits. Nous avions une copine noire dans la boîte ; il n’y avait que des blancs. Un l’a vu « hein, regarde elle est noire ! ». Nous nous sommes retournés : « qu’est ce que t’as contre les noirs ?! ». On s’est tapé dessus et on s’est fait sortir… le videur nous a demandés :
« Mais pourquoi vous vous tapez dessus ?
-  il a dit qu’elle était noire et que ça lui posait un problème…
-  bien, allez dehors… allez dans une autre boîte ».

Et dans l’autre boîte ça été… On était vraiment mal vus si on ne venait pas de la campagne ; si tu n’étais pas blanc, ça n’allait pas.

Discrimination pour le travail

Quand mon pote a voulu chercher du travail, il a commencé dans les champs. Il avait fait deux ou trois fermes avant. Il demandait : « voilà, je viens de Sarcelles, je cherche du travail… - on verra, on verra ». Il ne comprenait pas, mais son voisin lui avait expliqué que c’est parce qu’il venait de Sarcelles ; ils ne le connaissaient pas, ils ne voulaient pas le prendre. Il a répondu : « je veux juste travailler, je ne veux rien faire d’autre… - tu viens de Sarcelles, ils ont peur ! ». Ils ont mis du temps à le connaître…

J’ai demandé une fois à travailler là-bas et on m’a répondu : « le travail va être trop dur pour toi…
- bon ben au revoir ! ». Les jeunes Sarcellois essayaient de travailler l’été, beaucoup au Quick, au Mac Do, les marchés, les magasins de vêtements, les garages. Certains travaillent encore au marché.

La vie des quartiers

Pour nous Sarcelles a toujours été divisée en quatre, ceux de Watteau, ceux de Chantepie, ceux des Rosiers, ceux des Chardos. Ces quatre coins étaient coupés. Les grands nous disaient : « si vous allez dans ce quartier-là (Watteau) vous allez vous faire taper. Restez dans votre quartier, c’est sûr. On sera là pour vous défendre ». On ne bougeait pas trop. On ne cherchait pas à aller voir les autres. On ne dépassait pas la piscine, pas vers Watteau. Aller plus loin que la piscine, c’était un sacrilège presque ; si les grands savaient que l’on avait été plus loin sans leur permission ! S’ils avaient su que l’on avait été tranquille, je ne sais pas s’ils auraient dit grand-chose, mais si c’était pour mettre le bordel, ils n’auraient pas été d’accord. Les grands veillaient sur nous et s’occupaient du reste.

A l’école, tant que les gens ne venaient pas nous embêter on restait tranquilles, s’ils nous embêtaient on y allait, mais on ne cherchait pas… les gens avec nous pouvaient traverser le quartier sans problème, mais je ne sais pas si c’était la même chose avec les plus grands avant. Maintenant Rosiers, Chantepie, se sont regroupés avec les Merisiers et les trois groupes ne font plus qu’un.

La boxe française

Je fais de la boxe française. J’étais en train de voir les films Rocky et j’ai demandé à mon père : « je veux faire de la boxe, je veux faire de la boxe ! - il y a le club en bas, va aux rosiers ». J’ai traîné et j’ai fait d’autres sports avant de m’inscrire à dix-sept ans, après avoir fait judo, Viet vo dao, et karaté. Le club de boxe française est né aux Rosiers avec Gérard. Il a fait plein de champions. J’ai travaillé pas longtemps après, au lycée à Saint Denis où j’ai continué dans le même établissement jusqu’en terminale. Je travaille actuellement au service administratif du club de boxe à Sarcelles.

L’esprit boxe est le respect de son adversaire. C’est un sport de position. On met des coups à son adversaire tout en le respectant. C’est très codifié, des coups imposés, la distance, le respect de la façon de frapper. On ne fait pas n’importe quoi. C’est un beau sport. Les joueurs à Sarcelles sont plutôt des gens des Rosiers. Il y a une salle aux Chardos où ils font du Full contact. La différence avec la boxe française est dans la façon dont on frappe et la distance par rapport aux pieds. On peut frapper avec le tibia au Full, ce qui est interdit en boxe française. Il y a eu beaucoup de champions comme Josué Solmont et d’autres. Tous de Rosiers, Chantepie….

L’âme de Sarcelles

Il y a plusieurs générations et chaque génération a apporté son mental. L’âme de Sarcelles est un renouvellement continu. Chaque génération a apporté son idéal et l’a amené au plus haut. C’est une ville libre dans l’esprit, un peu bagarreur, un peu « je fais ce que je veux ». Tout le monde appartient à tout le monde. Il n’y a pas de différence entre les cultures. Tout le monde vit ensemble. Chaque quartier a son identité, chacun a apporté son élément. La ville est en constante évolution. On ne peut pas savoir ce qui va s’y passer du jour au lendemain.

Sarcelles, une partie de moi

J’habite toujours chez mes parents et je travaille à Sarcelles. Si je trouve du travail à Sarcelles, j’y resterai. Si j’en trouve ailleurs, je serai obligé de partir. Mais je pense que je resterai… faut même pas penser à la campagne à Amiens ! Si je dois partir, ce sera dans des villes qui ressemblent un peu à Sarcelles. C’est une partie de ma vie. J’ai tout fait ici, tout vécu. Sarcelles est une partie de moi.

Quand je vais en vacances, on part en Corse. Ce n’est pas vraiment la campagne, on prend le bateau. C’est presqu’un autre continent. J’allais chez ma tante à Ajaccio, mais elle est revenue ici parce qu’elle en avait marre. Elle venait de Sarcelles et s’ennuyait là-bas. La vie ce n’était pas ça là-bas. Elle habitait dans le cœur d’Ajaccio et a vu plusieurs fois des fusillades. Elle a pris peur par rapports aux attentats et elle a décidé de partir.

Messages aux plus petits…

Réfléchissez avant de faire vos bêtises. Mes cousins plus âgés que moi ont vécu ici et sont revenus il y a un an. On m’a dit que sur la moitié de mes copains, il y en a deux vivants et qui ne sont pas en prison. Ça calme… Il faut réfléchir avant de faire des bêtises… je connais quelques uns de mes amis passés par la prison, dont un pour vol de vêtements, de portables.

Messages aux plus grands

Faites attention aux petits.

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